Il faut que l’on vous dise..

En mer, il existe une résultante dont les terrien(ne)s n’ont pas développé la perception , pour peu que le sol sous leurs pieds soit un tantinet stable.

Il s’agit de la Gîte.

A ce sujet on distingue plusieurs types de gîte .

Celle, qui incline votre navire à un angle de 30°, bien calé sur son bord, au près du vent, et vous autorise une certaine agilité dans vos déplacements.

Celle, qui s’ associe aux mouvements désordonnés des vagues induites par le vent du moment et vous envoie valdinguer d’un bord à l’autre , sans prévenir.

Ou celle encore, qui non satisfaite de ce premier désordre cumule l’angle formé par la houle de l’Atlantique (en ce qui nous concerne ), résultant elle des vents dominants , à l’angle des vagues précédentes, créant un bazar indescriptible.

Deux phénomènes qu’il ne faut pas confondre (houle et vagues) et qui laissent peu de place à l’anticipation d’un bipède.

Enfin, une certaine gîte, plus insidieuse, qui vous démontre une fois pour toute que la nature reste la plus forte. Elle fait piquer la proue de votre embarcation vers l’avant, vous soulève par l’arrière à la verticale afin de chevaucher ce mur liquide, ce qui de par ce manège ressemble fort à certaines attractions foraines .

Bien sûr, tous ces évènements peuvent se cumuler et interagirent simultanément.

On parle alors d’effet shaker!

Nous y voila !

Depuis 10 jours, chaque trois pas en avant en voit deux autres en arrière ou sur le côté (d’où la chanson du roulis-roulas), vous donnant l’allure cocasse du type déambulant  » saoul ,sous saoul le balcon d’une certaine Marie Christine !!  »

Chaque douche devient un exploit sportif dans le seul but de soustraire un seau d’eau à la mer. De plus une fois savonné(e), le banc arrière se transforme alors en véritable toboggan digne de Walibi.

L’ouverture des équipets voit la chute inexorable des vivres et autres ustensiles dans l’axe opposé à leurs rangements , atterrissant bien sûr de préférence sur votre petit orteil.

Aussi la gîte mobilisera toute votre dextérité afin de choper le fil de pêche et son hameçon mortel, alors qu’il s’évertuent à osciller à bonne distance de vos doigts précieux.

La gîte encore, vous couvre de bleus, pour n’avoir pas calculé avec suffisamment de précision (ce qui ne se peut) votre coup, et sortir indemne du cabinet de toilette (activité récurrente s’il en est).

La gîte toujours, vous fait détester la mer quand profitant d’un moment d’inattention , elle renverse votre verre de vin préféré sur votre chemise blanche fraîchement revêtue pour l’occasion, et qu’elle fait passer, tant qu’on y est, vos cartes à jouer par dessus bord.

D’ailleurs, las(se)de tous ces exercices qui mobilisent chacun de vos muscles en permanence, vous optez pour une dégustation festive, histoire de célébrer dignement vos premiers mille miles .

Ce qui va entraîner à son tour, une nouvelle inclinaison qu’on appèlera : « la gîte du Marin(e) « .

Mais, celle là, vous l’aimez !

Le plus étonnant dans tout ça, c’est qu’au bout d’un certain temps, on arrive à dormir et à vaquer à toute sorte d’ occupations.

Comme quoi l’homo sapiens sapiens s’adapte à tout environnement, aussi gîté soit-il.

PS: Par respect pour l’adage: « Gîte du marin jamais le matin »,ou « Gîte de la Marine jamais en matine « nous prenons l’apéro à 18h30 , heure GMT, si la Gîte le permet !

4 réflexions au sujet de « Il faut que l’on vous dise.. »

  1. Oh que c’est bien décrit
    J’y ajouterais que parfois avec la gite et une vague qui la contrarie on peut prendre une douche pas du tout prévue et souvent pas forcément la bien venue surtout en début de nuit
    Merci Véro et Denis ( et Odile ) de votre humour

  2. Le récit de ces gîtes me siéent à moi assise.
    Elles agitent mon esprit des petits bruits exquis d’autres pistes – kangouroutes, herbàchameaudelées ou bouquetinoueuses – et des pensées humaines qui les chevauchent.
    L’océan me devient légèrement familier.
    Il n’empêche, soyez prudents, je vous aime !
    Nicolette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *